Comment Apelle T On La Peinture Represantent Un Objets
■ BERTRAND ROUGÉ, université
DE PAU ET DES PAYS DE L'ADOUR
Les deux récits du tableau : histoire et configuration narrative en peinture
n
|H ■■ 'emblée, récit et peinture semblent incompatibles. Des obstacles se WMJÊb dressent — temps, mouvement, succession — qui paraissent infran- wÊBSr chissables. C'est que la peinture est fixe, dira-t-on, et donc inapte à représenter le « temps » (1). Mais la peinture est plate, et l'on ne conteste guère sa capacité à représenter un objet dans l'espace. Or, c'est bien de représentation qu'il s'agit — et il n'y a pas plus de profondeur sur la toile que de temps. Dès lors, on postulera que l'histoire aussi peut faire l'objet d'une représentation picturale et que, de même que la représentation de l'objet ne se déploie pas dans les trois dimensions, de même le récit pictural n'a pas besoin de se dérouler dans le temps (« réel ») — pas plus que le récit écrit, d'ailleurs. (2) L'assimilation courante du récit au verbal, c'est-à-dire au linéaire, renforce cette confusion selon laquelle, l'histoire se déroulant dans le temps, le récit doit être linéaire. (3) II faut donc nous remettre en mémoire ceci :
Le récit est une séquence deux fois temporelle... : il y a le temps de la chose- racontée et le temps du récit (temps du signifié et temps du signifiant). Cette dualité (...) nous invite à constater que l'une des fonctions du récit est de monnayer un temps dans un autre. (Metz, p. 27 ; je souligne, B. R.)
1 On attribue généralement à Lessing, dans son Laocoon (1766), cette distinction catégorique des « arts du temps » et des « arts de l'espace ». En réalité, sa position est beaucoup plus fine et nuancée que ce qui en est habituellement retenu (v. Pouivet p. 7-11). Mentionnons en passant la thèse de Pouivet lui-même qui, contre Lessing, « affirme qu'une image et un texte ne se distinguent pas par les signes qui les composent, mais par le mode de composition des signes » (p. 18).
2 En effet, l'écrit, lui aussi, est fixe et les mots ne bougent pas plus sur la page que les personnages sur la toile — ou sur les photogrammes d'un film. Et, si le temps nécessaire au déroulement du récit n'est pas dans le support, dans l'objet soumis au regard ou à la lecture, c'est qu'il est ailleurs, en l'occurrence du côté du spectateur qui donne un peu de son temps à une œuvre qui, autrement, s'en trouverait fort dépourvue (cf. infra). Il apparaît donc que peinture et littérature se trouvent confrontées à la même contrainte : faire appel au lecteur ou au spectateur qui est le seul à pouvoir leur « affecter » du temps (sur ce temps « prêté » par le
spectateur, voir quelques remarques dans « L'œil éraillé. . . »).
3 Ce qui, si on n'y prend pas garde, peut donner des serpents qui se mordent la queue. Ainsi : « le récit est un
texte référentiel à déroulement temporel» (Ducrot/Todorov p. 378). Cette définition s'appliquerait tout aussi
°ien à une description. . . Mais la question du récit, c'est : qu'est-ce qui se déroule dans le temps ? l'histoire ? le texte ? ou sa lecture ?
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LITTÉRATURE n° 106 - juin 97
Comment Apelle T On La Peinture Represantent Un Objets
Source: https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1997_num_106_2_2438
Posted by: matthewslincelf1970.blogspot.com

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